ET AU BOUT, LA PROMOTION EN LNA
La saison du plus fou des exploits
«Sur un malentendu, ça peut marcher.» De Jean-Claude Dusse, dans les «Bronzés font du ski». C’est un peu l’histoire du HC Bienne. La promotion, en août 2007, personne n’y croyait. Et la
saison a suivi son cours. Jusqu’au 8 avril.
Laurent Kleisl
Des visages défaits, des yeux humides de déception, des mots qui restent bloqués au fond de la gorge, comme retenus par la haine de ce que l’on dit impossible: c’était samedi 7 avril 2007 à
l’Ilfis. Pour les Seelandais, la patinoire de Langnau s’était transformée en une rivière de larmes. Le HC Bienne, pour la troisième fois en quatre ans, venait d’échouer aux portes de LNA, battu à
la régulière par les Tigres du lieu. Pourtant, il y avait Aubin, Law et tous ces grands noms engagés à grands frais. Mais le scénario est écrit d’avance: si les «happy end» existent, ils ne sont
pas seelandais.
■ Lendemain de veille
Le HC Bienne mettra quelques mois pour digérer sa gueule de bois
emmentaloise. Sa première dose d’aspirine, il l’avale le 4 mai 2007, en intronisant Heinz Ehlers en lieu et place du controversé Kim Collins. Puis, plus grand-chose. Le Finlandais Marko
Tuomainen, bourreau des Seelandais lors du barrage de LNA/LNB, est engagé pour une saison. Lentement, pourtant, le doute s’installe dans le vieux stade.
Bienne veut monter en LNA, vraiment? «Oui, cela reste notre objectif», lance Andreas Blank, président du club, au moment de la reprise sur la glace. «Chaque année, c’est la même chose: personne
ne croit au HC Bienne!» En août, Ehlers lui-même émet des réserves: «Avec ce contingent, on peut atteindre le top-4 de LNB, mais on ne va rien gagner». La froideur réaliste du coach ne bloque
toutefois pas sa marche en avant. Faute à une main-d’œuvre rare, le Danois titularise Zigerli et lance Steiner, Tuffet et autres Weisskopf dans le bain de la LNB. L’eau est plutôt
tiède...
■ Une équipe en
mouvement
Le 25 septembre, c’est une défaite qui marque le début de l’aventure. A Malley, dans l’antre d’un LHC qui surdomine le début de saison, les Seelandais ne reviennent battus «que» 1-2, tout en
ayant aligné un troisième trio Zigerli-Malgin-Schlup. Un exploit! Et si, finalement, le HCB avait raison? Pendant que la méthode Ehlers, faite de rigueur, commence à porter ses fruits, Kevin
Schläpfer s’active dans l’arrièrescène, lui qui est d’ordinaire tant attiré par la lumière des projecteurs. A tour de rôle, Brägger et Ehrensperger, puis Truttmann, Kamerzin, Korsch, Pasche,
Diethelm, Kparghai et Burakovsky rejoignent une équipe qui n’en finit plus de gagner. Mieux: Miéville, Peter, Tschantré, Reber, guidés par un Tuomainen qui porte littéralement un club sur ses
épaules – il le paiera durant les play-off –, ont pris une assurance qui, au final, s’avérera déterminante.
■ Ajoie, le meilleur
ennemi
Le HCB champion de la saison régulière, sept points devant l’arrogante ambition du LHC: qui l’eût cru? Légèrement accrochés en quarts de finale par Olten, les Seelandais ont peut-être fait le
plus dur en éliminant Ajoie, en «demi», dans une série qui restera peut-être comme la plus intense jamais vécue à Bienne. Sept matches à donner la chair de poule, dans des patinoires combles,
dans l’ambiance électrique des derbies entre les meilleurs ennemis du monde. C’est pour ça que le hockey est si beau. Les Seelandais l’emportent 4-2 dans la septième et dernière manche.
L’histoire est en marche.
■ Treize ans
après
La lutte pour la couronne de LNB, contre La Chaux-de-Fonds, ne se révélera qu’un échauffement avant la vraie finale. Leur titre, le quatrième en cinq ans, les Seelandais vont le fêter dignement,
avant de se remettre au boulot, le mot préféré d’Ehlers. Mais en pensant au HC Bâle, pitoyable cancre de LNA, le spectre de Langnau – mais aussi ceux de Fribourg et de Lausanne – réapparaît.
D’autant plus qu’Alexandre Tremblay, blessé face au HCC, a terminé sa saison. Et si Bienne était maudit?
Le résultat de la première manche, disputée à l’Arène Saint-Jacques, vient en réponse: une victoire 2-1 sans discussion aucune. Deux jours plus tard au Stade de Glace, c’est 4-1. Puis 2-1, sur la
route, dans l’enchaînement. Puck de promotion! 8 avril 2008, 21h51: vainqueur de Bâle 3-2, le HCB retrouve le LNA treize ans après l’avoir quittée. En signant le troisième but, Mathieu Tschantré
restera dans les annales comme l’homme qui a envoyé le HCB dans les étoiles. Les performances extraterrestres du gardien Marco Wegmüller ont montré la voie. Andreas Blank, Daniel Villard et tous
ceux qui y ont toujours cru sont en larmes. Des larmes de joie, cette fois. Bienne est en fête, une nuit magique gravée à jamais dans l’âme de chaque amoureux du hockey. «Quand je vois tous ces
gars qui aiment jouer et vivre ensemble... quand ce genre de chimie se crée dans un vestiaire, tout devient possible.» L’hommage du général à ses soldats. Un grand Monsieur, Heinz
Ehlers.
N’en déplaise à Jean-Claude, avec le Danois, il n’y a pas de place pour les malentendus. /LK
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