EDITO
Desmarais, respect!
Laurent Kleisl
«Desmarais enculé»? Non, non, non et non! Ce refrain méprisant, le bouillant kop seelandais l’a assez craché. Loin des clivages partisans, au-delà de la passion fruitée qui rend si particulières
les confrontations entre Ajoie et Bienne, que l’on soit «jaune et noir» plutôt que «rouge et jaune», ce désolant phrasé est une invective adressée aux passionnés de hockey, une offense à un sport
de contact où, malgré les apparences, le respect n’est pas une valeur vaine.
James Desmarais est d’une race de joueurs en voie d’extinction, celle qui faisait des étrangers de LNB des superhéros adulés de tous. Dans son histoire récente, le Voyebœuf ajoulot a hébergé
Martin Bergeron et Marc Fortier. Dans un passé plus lointain, il a abrité Lane Lambert et... Normand Dupont. Le Stade de Glace a lui accueilli Paul Gagné, Shawn Heaphy, Claude Vilgrain, Gino
Cavallini. Autant de personnalités fortes, autant d’acteurs de soirées si mémorables qu’ils en rendaient tropicale la température parfois polaire qui règne dans les arènes de deuxième division.
Sur la glace, ces joueurs n’étaient pas les plus rapides, les plus techniques, les plus physiques. Pourtant, chaque fois que la rondelle avait le plaisir d’atterrir sur la canne de l’un d’eux,
elle dansait avec bonheur. Chacun des gestes de ces cracks, dont l’investissement pour leurs couleurs allaient audelà des pages d’un contrat, produisait une étincelle, un frémissement dans la
foule, qu’elle soit amie ou hostile. De Mike Richard à Petr Rosol, ils empestaient le charisme. Leur attitude pleine de testostérone a été une source d’inspiration pour plusieurs générations de
hockeyeurs de LNB.
De ses coups de patins à ses coups de sang, James Desmarais est de cette trempe-là. Et il est l’un des derniers. L’amoureux du hockey sait qu’à chacune des apparitions du Québécois dans le jeu,
quelque chose va se produire. C’est pour cela que ce sport est si beau.
Mais il y a ce chant: «Desmarais enculé». Non, non, non et non: Desmarais, respect! /lk
Respect M. Kleisl!
et que le meilleur gagne dimanche au terme d'une série qui a été passionnée et passionnante