HOCKEY SUR GLACE
Si loin du Liberia
Des rues de Monrovia au vestiaire du Stade de Glace, la vie de Clarence Kparghai est une course vers un ailleurs que l’on dit meilleur. Au HC Bienne, le défenseur de 23 ans a trouvé un
endroit où s’épanouir. Enfin.
Laurent Kleisl
Le HC Bienne et les joueurs de couleur, c’est une vieille histoire. Cyrill Pasche, le «Bénino-Biennois», a été le précurseur. Puis, il y a eu les Canadiens Jan Alston, Claude Vilgrain et Reggie
Savage. Aujourd’hui, Clarence Kparghai a repris le flambeau.
Sur la glace et dans la vie, le parcours du Bernois est atypique. «Nous avons quitté le Liberia en 1990, j’avais 5 ans. Mes parents ont fui la guerre civile», note-t-il. Atteint de frénésie
sanguinaire, Charles Taylor persécutait son peuple, organisant des massacres et des bains de sang jusqu’en Sierra Leone voisin. «J’étais jeune. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de cette période.
Depuis mon départ, je ne suis jamais retourné au Liberia. Ma vie est ici, car la Suisse est ma patrie. Par contre, je me sens toujours Libérien. C’est en moi, ce sont mes
racines.»
C’est à Berne, en 1990, que la famille Kparghai a trouvé refuge. Loin des balles qui cherchent des tempes où se loger, loin du sang qui souille les sentiers de Monrovia. «Je n’ai connu aucun
problème d’intégration. Dès mon arrivée, j’ai tout de suite été placé dans une école enfantine. J’ai suivi toute ma scolarité à Berne.» Le pouls de la capitale fédérale battant au rythme du
hockey, le petit Clarence a vite senti son rythme infernal envahir ses veines. «Au Liberia, on joue plutôt au football, rigole-t-il. J’ai découvert le hockey à huit ans. J’ai alors rejoint le
mouvement juniors de Berne 96.»
Comme souvent dans les belles histoires, les événements se sont enchaînés. «Des novices aux juniors-élites, j’ai joué au CP Berne», précise-t-il. Avec, comme consécration, un titre dans la plus
haute catégorie de la relève nationale en 2005, suivi d’une participation aux Mondiaux M20 à Grand Forks, aux Etats-Unis. Le Liberia et ses tueries ne font plus partie de sa
vie.
Talent qui n’attend que d’éclore, Kparghai séduit Arno Del Curto. De 2005 à 2007, le mage du HC Davos le comptera dans son contingent élargi. «La première année, reprend le No 96 du HCB, après
une demi-saison où je ne jouais que très peu à Davos, je suis parti pour Coire. L’exercice suivant, je me suis blessé au mauvais moment. Le train est parti sans moi.» Il passera l’hiver 2006/07 à
Thurgovie, avant une première pige à Bienne. La saison dernière, c’est à Olten que Kparghai poursuivra son tour de Suisse. Son... sixième club en trois ans!
De retour dans le Seeland, le résident de la capitale a trouvé sa place dans la défense du HCB. Et depuis l’ouverture de la saison, il s’en sort à son avantage. «Je me sens bien dans cette
équipe, confie-t-il. Ma petite expérience de la LNA à Davos (réd: 26 matches) m’aide beaucoup aujourd’hui, tout comme mon apprentissage de la saison passée. A Olten, on m’avait donné beaucoup de
responsabilités.» Il ajoute: «Je dois encore améliorer la qualité de ma première passe et ma vitesse d’exécution.» Et le physique? Avec «seulement» 76 kg pour 1m83, il y a bien quelques kilos à
prendre? «Cela n’a jamais été mon jeu. Mais c’est vrai, je pourrais aussi m’améliorer dans le domaine.»
Clarence, le petit gars du Liberia, a réussi son intégration. Dans la vie, dans le jeu. «Je n’ai jamais été victime de racisme, dit-il. Mais je ne me considère pas pour autant comme un exemple.
Chacun essaie d’obtenir le meilleur avec ce que la vie lui a donné.» Vu sous cet angle, il a pris le bon chemin. /LK
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