HOCKEY SUR GLACE
A cœur ouvert
Bienne huit points, Ambri autant. Pour les Seelandais, le voyage à la Valascia revêt une importance certaine. Sur le banc d’en face, le HCB va croiser un entraîneur assistant singulier:
Luca Cereda, 27 ans, un des plus grands espoirs du hockey suisse. Un homme que son cœur a trahi.
Laurent Kleisl
Il avait à peine 17 ans, Luca Cereda, quand le monde du hockey l’a découvert. A un âge où nombre de jeunes se contentent des miettes, l’attaquant d’Ambri-Piotta affolait les statistiques.
Vingt-deux points pour une première saison en LNA, ceci avant même sa majorité: la NHL ne pouvait pas passer à côté. En 1999, les Maple Leafs de Toronto le repêchent au premier tour de la draft,
en 24e position. A l’époque, seul le Biennois Michel Riesen, sélectionné en 14e choix en 1997, avait fait mieux.
A l’été 2000, alors que Cereda attaque son premier camp d’entraînement de NHL avec Toronto, son monde s’est écroulé. Les médecins de la franchise détectent une malformation cardiaque. «Dans la
foulée, j’ai subi une opération à cœur ouvert à Lausanne», rappelle Cereda. La valve récalcitrante est changée, la vie du Tessinois également. «Je n’avais jamais connu de problèmes particuliers,
si ce n’est de la fatigue, confie-t-il. Mais c’est une chance que les médecins aient repéré cette malformation. Ça m’a peut-être évité un drame plus tard durant ma
carrière.»
Après une année de pause forcée, Cereda retrouve le jeu. Dans l’enfer de l’American Hockey League, il ne réussit pas à convaincre les Maple Leafs que sa place est en NHL. Au printemps 2004, il
revient en Suisse. «J’avais réalisé que je n’avais pas le niveau pour jouer en NHL», souffle-t-il. Deux saisons lucratives à Berne et c’est le retour au bercail. La Valascia retrouve son enfant
prodigue. Jusqu’à juillet 2007... «Comme chaque année, je passais des tests médicaux», raconte-t-il. Ses résultats poussent à l’interrogation. «J’ai consulté plusieurs spécialistes, dont celui
qui m’avait opéré en 2000. Tout le monde m’a conseillé d’arrêter.»
Il n’a alors que 26 ans, Luca. Sa carrière est encore devant lui. La mort dans l’âme, il raccroche. «Cette page de ma vie était pleine, je l’ai tout de suite tournée. Au début, moralement, ça
allait. Et l’hiver est arrivé, les journées devenaient grises. J’ai passé une période difficile.» Et il s’est ressaisi. Il s’est bougé. Jusqu’à Macolin, jusqu’au Stade de Glace, jusqu’au cours
J+S de coaching. «Ambri m’a alors proposé d’entraîner ses mini-top. J’y ai vite pris du plaisir. Je voulais continuer ce travail tout en entreprenant des études de
physiothérapeute.»
Et les «biancoblu» sont revenus à charge. Avec un beau job: responsable du mouvement juniors. «J’ai accepté. Ensuite, je suis devenu entraîneur assistant de la première équipe un peu... par
hasard!» La saison passée, c’est le Biennois JeanJacques Aeschlimann qui occupait le poste. «Et Jay-Jay a été nommé directeur général. J’ai alors rencontré l’entraîneur Josh Harrington...»
Depuis, Cereda coache les défenseurs léventins. En quelques mois, il est passé du vestiaire à la bande. Une transition expresse pas forcément évidente. «Un assistant doit être proche des joueurs.
Il n’est pas là pour les engueuler, mais pour les aider. L’équipe a compris mon rôle.» Il ajoute: «J’aime ce job.»
Cereda avait tout pour devenir un grand du hockey. Son corps a décidé pour lui. «Je me demande parfois quelle aurait pu être ma carrière.» Des regrets? «Non! J’ai vécu de belles émotions. J’ai
disputé deux Mondiaux avec l’équipe de Suisse (réd: 2003 et 2004) et j’ai remporté le titre avec Berne (2004). Et surtout, j’ai porté le maillot d’Ambri en LNA. C’était un rêve de gosse...»
/LK
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