HOCKEY SUR GLACE
Une ambition mise en veilleuse
Le HC Bienne est parti de presque rien. Il a terminé tout en haut. Les atermoiements du championnat ont mis un vieux rêve au second plan:
la LNA. Fait rarissime, le sujet n’a pratiquement jamais été abordé ces derniers mois.
Laurent Kleisl
«Bienne champion de la saison régulière, ça vous en bouche un coin!» Un clin d’œil et Heinz Ehlers se marre: «Au mois d’août, personne ne croyait en nous.»
«Une équipe light», titrait Le JdJ dans son supplément d’avant-saison. Cet automne, la légèreté du contingent seelandais a alimenté la chronique. «Notre stratégie a fonctionné, mais nous avons dû
beaucoup travailler, convient Andreas Blank, président du conseil d’administration. En fait, un paramètre a été mal évalué: l’aridité du marché. Aujourd’hui, je n’ai qu’une crainte. Certains
joueurs ont été énormément utilisés en début de championnat, j’espère que la fatigue ne se fasse pas trop sentir si une série venait à être tendue.»
En cours de route, ils sont une flopée à avoir rejoint le vestiaire: Zalapski, Ehrensperger, Brägger, Felsner, Diethelm, puis Truttmann, Kamerzin, Pasche, Korsch et Burakovksy pour les play-off.
«Cela a été dur..., souffle Kevin Schläpfer, le directeur sportif. Et on a eu de la chance de tomber sur Zalapski au mois d’août! Cette manière de travailler nous a par contre permis de bien
cibler les besoins de l’équipe.»
Toutes ces acquisitions ont un coût. En partie, l’argent nécessaire provient du budget courant de l’exercice, soit 3,2 millions. «Le solde a été financé par un apport supplémentaire», reconnaît
le manager Daniel Villard. Mi-octobre, le HCB avait en grande pompe annoncé l’injection de 2 millions dans les caisses d’ici à 2010. Le capital a ainsi été entamé. Le reste? «Pour le prochain
exercice, nous passerons à 4,2 millions de budget», confie Villard.
Ces derniers mois, la vie du HC Bienne a été rythmée par l’actualité. Août: la Ligue nationale refuse d’entrer en matière sur le recours du club. Août et septembre: une équipe en chantier.
Octobre: des sous, des sous! Décembre: le bon peuple biennois accepte de bâtir une nouvelle arène. Février: les Seelandais deviennent champions de la saison régulière. Pendant ce temps, à Malley,
le Lausanne HC occupait le terrain des ambitions. Les Vaudois ont un public, des moyens financiers et évoquent ouvertement leurs envies de retrouver la LNA au plus
vite.
Ces éléments mis bout à bout conduisent à un constat: cet hiver à Bienne, on s’est bien gardé de prononcer des mots comme «promotion», «élite» ou encore «action juridique». «La LNA reste notre
objectif prioritaire, souligne Blank, mais nous n’avions plus envie de trop en parler...» Il ajoute: «Si l’équipe joue à son meilleur niveau, elle est aussi forte, voire supérieure que celle de
la saison passée. Je salue au passage le travail de l’entraîneur Heinz Ehlers. La progression du groupe lui doit beaucoup.»
Cette amélioration constante représente l’atout No 1 des Biennois. Faisant fi du scepticisme ambiant, ils ont suivi leur petit bonhomme de chemin jusqu’au sommet. Bien sûr, pour Schläpfer, «cette
première place n’est pas une surprise». «Je suis fier de cette équipe, car elle a montré du caractère. Je pense même que nous sommes meilleurs qu’il y a 12 mois.» Encore
un...
Les Biennois l’ont peut-être mise en veilleuse. Mais la LNA hante encore leurs songes. En 2007, Langnau avait transformé leur rêve en cauchemar. En 2006, c’était la faute à Gottéron, celle du LHC
en 2004. Cette année? «Tout le monde parle de Bâle, mais le champion de LNB jouera peut-être Lugano», sourit Schläpfer. En LNA, le HCB assure pouvoir disposer d’un budget de 6 millions. «Notre
plan d’action n’a pas changé, il est toujours prêt à l’emploi», conclut Blank. /LK
La promotion en LNA? Paraît-il que cela reste un doux rêve...
Après une saison de misère, le HC Bâle paraît tout rabougri. En haut, tout le monde l’espère: les Rhénans joueront contre la relégation. «Cette équipe est la plus faible de ces 15 dernières
années en LNA», lance Philippe Ducarroz, responsable de la rédaction sportive francophone de BluewinTV. Une brèche, peut-être, s’est ouverte. Et si Bienne, Lausanne ou un autre en profitait?
«Aucune chance! coupe l’agent de joueurs Gérald Métroz. Tout joue contre le club de LNB. C’est évident, le système est fait pour verrouiller l’élite. Dans le fond, en le dénonçant, Bienne est
dans le vrai.»
Le Valaisan est catégorique. De promu, il n’y en aura pas ce printemps. «Seul le facteur émotionnel peut influer en faveur du champion de LNB, reprend-il. En 2005, quand Bâle est monté, il a
profité du lock-out.» Les Rhénans, notamment, avaient chèrement monnayé les arrivées de Hnat Domenichelli et de l’Américain David Legwand, la star des Nashville Predators. La nouvelle forme du
barrage LNA/LNB, avec deux étrangers par équipe, évite ce genre d’acquisition. «J’ai d’abord pensé que le nouveau règlement avantagerait la LNB, admet Métroz. Et j’ai changé d’avis, simplement
parce que les étrangers de Bâle sont catastrophiques et que l’effectif suisse des Rhénans est supérieur à celui de toutes les équipes de LNB.» Pour l’exemple: meilleur compteur helvétique du HCB
la saison passée, Daniel Rubin ne bosse que dans le quatrième bloc de Mike McParland.
Rédacteur en chef du mensuel Top Hockey, Philippe Ducarroz est à peine plus nuancé. «Ces Bâlois, on les a assez vus! lâche le journaliste. Pour les play-out, Bâle ne s’est pas renforcé. Le plus
effrayant, c’est que les dirigeants rhénans sont convaincus de s’en sortir aisément. L’entraîneur McParland me l’a encore confié récemment.» Le Fribourgeois insiste: «Pour l’équipe de LNB, il y
aura un bon coup à jouer. Pour y arriver, elle devra toutefois présenter un contingent proche de la LNA, car Bâle a eu une saison pour se préparer.» Et la sanction tombe: «Aujourd’hui, je ne vois
hélas aucun club de LNB avec ce type d’effectif...» Au regard des forces en présence, ce HC Bâle-là aurait cédé... l’année passée. «J’en suis même persuadé, reprend Métroz. Avec quatre étrangers,
le HC Bienne du printemps 2007 aurait certainement battu le HC Bâle version 2008.» Une question de timing.
Au Stade de Glace, la LNA reste pourtant le but ultime. «Contrairement à Bâle, Bienne et Lausanne nourrissent une culture de hockey, poursuit Ducarroz. Mais si on me demandait... je voterais
Lausanne! Question impact populaire et infrastructures, le LHC a pris une petite longueur d’avance. A Bienne, on devra encore attendre quelque temps pour entrer dans la nouvelle patinoire. Et en
cas de promotion en LNA, Lausanne pourrait rapidement dégager des moyens financiers importants pour bâtir une bonne équipe dès la saison prochaine.»
En voilà un qui s’est fait plein de copains dans le Seeland... /lk
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