COUPE DU MONDE 2004
«J’ai appris à me faire mal»
La vie sourit à Vincent Lecavailier. Lauréat de la dernière Coupe Stanley avec le Lightning de Tampa Bay,
le Québécois de 24 ans a explosé durant la Coupe du monde au point d'en être désigné MVP. Le numéro un du repêchage universel de 1998 a même réussi à impressionner le maître Wayne
Gretzky.
Montréal
Laurent Kleisl
La cohue est indescriptible dans le vestiaire de l’équipe du Canada. Les micros volent, les caméras s’agitent, les stylos s’emballent. Centre d’intérêt des médias nord-américains, Vincent
Lecavalier tente de canaliser un dense flot de questions. D’un coup net, il s’arrête. Un silence. Wayne Gretzky vient de traverser la «chambre». «Je ne m’y ferai jamais...» sourit le No 4 au
maillot unifolié. Vincent Lecavalier est un fan de hockey qui s’amuse avec les plus grands. De joyau offensif, il a appris les sacrifices qui mènent aux grandes victoires. Le calme
revenu, il s’est confié à Top Hockey.
Vincent Lecavalier, avez-vous déjà paradé dans votre ville d’origine avec la Coupe Stanley?
Je l’ai eue à ma disposition les 7 et 8 août. Dans mon village, à l’Île-Bizar, nous avons fêté pendant deux
jours. C’était la première fois que la Coupe arrivait jusqu’à l’Île-Bizar (n.d.l.r.: dans la région montréalaise). Pensez donc, tous ces moments ont été extraordinaires.
La Coupe Stanley, la grande équipe du Canada, la Coupe du monde: avez-vous rêvé un jour d’une telle saison?
Il me sera difficile de faire mieux (rires)! Gagner la Coupe Stanley, c’est
incroyable. Toute sa vie, un joueur travaillera pour atteindre cet objectif. Moi, à seulement 24 ans, je l’ai déjà remportée. Et enchaîner avec la Coupe du monde juste après, c’est vraiment le
fun! Cette expérience-là est d’autant plus incroyable que je n’avais pas été nommé, au début, dans la première liste de l’équipe du Canada. Je n’ai remplacé Steve Yzerman qu’au pied
levé.
Dans le vestiaire canadien, il y a un certain Jarome Iginla, l’étoile des Calgary Flames. Avez-vous abordé le sujet de la finale de la
Coupe Stanley avec lui?
Une seule fois, nous en avons touché un mot. En fait, c’est surtout moi qui n’ai pas
envie de trop en parler. Avec le Canada, nous sommes coéquipiers. Jarome pourrait croire que je le provoque.
En bon Québécois, quelles ont été vos impressions lors de votre première intrusion au Centre Bell, avec l'équipe du Canada, dans le mythique vestiaire du Canadien de
Montréal?
J’ai ressenti quelque chose de très fort. Il y a tellement de tradition au Canadien de
Montréal. Dans ce vestiaire, il y a toutes les photos des grands joueurs qui ont fait l’histoire du club, les Jacques Plante, Maurice Richard, Jean Béliveau… Les listes de tous les trophées
individuels et de toutes les Coupe Stanley qu’ils ont remportés sont gravées sur les murs. Il y a énormément de souvenirs dans cette chambre-là. J’avoue que ma première entrée a été vraiment
spéciale. Une grande émotion…
A 24 ans, jouer avec Mario Lemieux, dans le Canada bâti par Wayne Gretzky, c’est pas mal non plus!
Je n’avais jamais rencontré Mario Lemieux avant. C’est un homme extraordinaire. Jouer
avec, faire des passes avec lui sur la glace, c’est un rêve d’enfant qui se réalise. Quand il a commencé sa carrière dans la Ligue nationale, j’avais à peine quatre ans…
Contre les Américains, lors du premier match de la Coupe du monde, Mario Lemieux a lancé les gants face à Steve Konowalchuk. Etonnant,
non?
Martin Brodeur, notre gardien de but, venait d’être attaqué à plusieurs reprises.
Mario a juste voulu le protéger, même si ce n’est pas son rôle de tomber les gants. Cette action a une nouvelle fois prouvé que Mario Lemieux est un
grand leader. Dès cet instant, nous avons su qu’il serait là, avec nous, dans n’importe quelle situation. Quand le capitaine fait de genre de chose, surtout quand il a pour nom Mario Lemieux,
chaque joueur le suit d’instinct.
Ces derniers mois, votre jeu a évolué. N’a-t-il pas pris une dimension plus physique, plus défensive?
Mes premières présences sur la glace sont devenues primordiales, car elles
conditionnent l’ensemble du jeu que je vais présenter. A ma première entrée, j’essaie de donner une ou deux bonnes mises en échec pour montrer à l’adversaire que je suis là, que cela ne sera pas
une partie de plaisir pour lui. Je reste beaucoup plus dans le match lorsque joue physiquement. En continuant de travailler de cette manière, j’essaie de poursuivre avec le comportement que j’ai
adopté durant les dernières séries de NHL.
Cela marche-t-il à tous les coups?
Non, pas encore! (rires) Avant la Coupe du monde, je n’ai pas aimé mon jeu lors de la
dernière rencontre de préparation avec le Canada (n.d.l.r.: match nul 2-2 face à la Slovaquie). Je n’étais pas dedans en première période, ni par la suite d’ailleurs. Je ne «frottais» personne.
J’avais la sale impression de faire du patinage artistique.
Pour vous, 2004 semble être l’année de la maturité. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans votre état
d’esprit?
Lorsque l’on va très loin dans les séries éliminatoires, cela modifie sa façon d’être,
sa façon d’aborder les matches. Les séries, c’est deux mois où il faut continuellement rester au sommet. Mentalement, il ne faut penser qu’au hockey. La tête doit suivre à tous les soirs. En deux
mois à ce régime, un joueur grandit, il mature, il apprend à jouer avec l’intensité nécessaire pour que tout se déroule comme il l’entend. Durant la saison, on peut se permettre d’avoir des hauts
et des bas, mais pas en séries. J’ai appris à me faire mal, j’ai appris à vraiment jouer au hockey. En séries, votre corps a mal, qu’il souffre, il faut continuer sur le même rythme.
En Coupe du monde, j’ai essayé de jouer avec cet état d’esprit. En définitive, le but ultime, c’est toujours de gagner.
Entre votre succès en Coupe Stanley et la Coupe du monde, les vacances ont été courtes!
jouer avec Mario Lemieux et Joe Sakic, cela motive énormément, cela pousse à encore
élever son niveau de jeu. Tout de suite recommencer, avec l’intensité de la World Cup, c’est vrai, cela n’a pas été facile. Les cinq ou six premiers jours de camp d’entraînement avec le Canada,
j’ai souffert. En fait, cette année, je n’ai pas eu de vacances!
En cas de grève, vous pourrez en prendre, à moins que vous n’ayez d’autres projets…
En cas de grève en NHL (n.d.l.r. : à la clôture de la rédaction, le «lock-out»
n’avait été prononcé), je me rendrai à Tampa pour travailler avec l’équipe. Avec Brad Richards, Martin Saint-Louis et quelques autres, on va se retrouver une dizaine de gars en Floride. Là-bas,
nous allons nous entraîner en attendant de voir ce qui se passe dans la Ligue.
Entretenez-vous des contacts en Europe?
J’ai parlé avec plusieurs équipes…
En Suisse, peut-être?
Non, j’ai discuté avec aucun club suisse. En Suisse, il y a assurément une bonne ligue.
Mais les Tchèques, les Suédois et les Finlandais ont des championnats de haut niveau. Si je viens en Europe, je choisirai une compétition relevée. En réalité, je ne me suis pas encore penché sur
la question. Avec la Coupe Stanley et la Coupe de monde, j’avais tellement d’autres choses en tête... /LK
Wayne Gretzky, ce fin nez
Vinny par-ci, Vinny par-là: lorsque Wayne Gretzky évoque Vincent Lecavalier, il est d’une douceur paternelle. Pour cause, Vinny, c’est la surprise du chef. Dans un premier temps, l’attaquant du
Lightning n’avait pas trouvé grâce aux yeux du directeur exécutif de l’équipe du Canada. «Je n’ai pas pu attendre la finale de la Coupe Stanley pour donner ma sélection», admet Wayne Gretzky.
Survint un forfait, conséquent, de dernière minute. Blessé et hors de forme, Steve Yzerman jette l’éponge. «Yzerman est mon idole de jeunesse, coupe Vincent Lecavalier. Il est magnifique à voir
jouer. J’espère qu’il va encore continuer quelques saisons en NHL.»
Le 11 juillet, le prodige de Tampa apprend sa sélection de la bouche de la Merveille. «Vinny s’est construit son chemin jusqu’à l’équipe du Canada, reprend The Great One. Durant les séries, il
est devenu meilleur match après match. Lorsque je l’ai contacté, je lui ai rappelé qu’en 2002, aux Jeux de Salt Lake City, Jarome Iginla n’était arrivé qu’en cours de route. Je l’avais appelé à
minuit. Il avait quitté Edmonton à 3 heures du matin et était sur la glace de Salt Lake City le soir même. Jarome est venu, il a joué un super hockey et a gagné la médaille d’or.» Vincent
Lecavalier a plutôt bien capté le message. Sous le maillot unifolié, il patine en leader aux côté de Ryan Smyth (Edmonton Oilers) et Dany Heatley (Atlanta Thrashers). Un trio de choc, sans doute
le plus stable à disposition du coach Pat Quinn. /lk
Vincent Lecavalier
Surnoms: «Vinny», «Vince»
Né le: 21 avril 1980 à l’Île-Bizar, Québec, Canada
Etat civil: célibataire
Taille/poids: 1m93 pour 93 kg
Position: centre
Draft: repêché en 1998 en 1er choix (1re ronde) par les Tampa Bay
Lightning (devant, notamment, Alex Tanguay No 12, Simon Gagné No 22, Scott Gomez No 27, Brad Richards No 64 ou encore Pavel Datsyuk No 171)
Sur le web: www.vincentlecavalier.com
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