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Top Hockey

Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 10:02

«Je suis prêt à passer
pour le roi des enfoirés»


Le HC Bienne attendait de revoir la LNA depuis 1995. Le 5 septembre, à la PostFinance-Arena de Berne, ce qui n’était qu’un rêve fou il y a quelques semaines deviendra réalité. La discipline de fer et l’organisation défensive instaurées par l’entraîneur Heinz Ehlers sont pour beaucoup dans la réussite des Seelandais.

Laurent Kleisl

«Une qualification pour les play-off représenterait un formidable succès.» Malgré l’euphorie qui l’entoure depuis quelques semaines, Heinz Ehlers reste désespérément lucide, presque froid. Le Danois de 42 ans, même promu en LNA, n’est pas du genre à s’emballer. «Je préfère garder mes émotions pour moi et conserver les pieds sur terre.» Une fois lancé, l’homme est agréable. Il aime discuter, se raconter. Dans un long entretien réalisé le 16 mai, Ehlers revient sur une promotion presque surprise. Son héros? L’équipe.

Heinz Ehlers, mercredi 9 avril, à part une belle gueule de bois, quel effet ça vous a fait de vous réveiller dans la peau d’un entraîneur de LNA?
(il sourit) C’était vraiment bon! La LNA est un but que je m’étais fixé en commençant ma carrière d’entraîneur. Je savais qu’il me serait difficile à atteindre, car en Suisse, le hockey baigne dans la culture nord-américaine. Je n’aurais jamais pensé que cela viendrait aussi vite.

Où situez-vous le moment déterminant de la saison, le déclic?
Peut-être après notre victoire, mi-décembre, à Lausanne (5-3). C’était notre deuxième succès d’affilée à Malley. Cette saison, le LHC a proposé un jeu solide, avec beaucoup d’agressivité. Pourtant, en quatre confrontations, il ne nous a pas marqué le moindre but à cinq contre cinq. Cela m’a conforté dans l’idée que notre système ne devait pas être si mauvais que ça!

Votre message, fait de rigueur et de discipline, a-t-il tout de suite passé?
On a tout de même terminé la saison régulière avec la deuxième meilleure offensive de LNB (réd.: derrière La Chaux-de-Fonds)! Toutefois, pour gagner des trophées, il est impératif de s’appuyer sur une défense de fer. Il faut savoir être strict. Je suis prêt à passer pour le roi des enfoirés vis-à-vis des joueurs si c’est nécessaire, mais l’organisation et la discipline restent les clés du succès.

La politique du HC Bienne, celle des renforts en cours de saison, aurait pu gripper la machine. Que pensez-vous de cette manière de faire?
Je n’aime pas du tout! Quand j’ai débarqué à Bienne en août 2007, je n’étais pas satisfait du contingent à ma disposition. On m’a alors expliqué que le HCB était passé tout près de la promotion, que le but restait la LNA, qu’il y avait de l’argent à disposition mais que le marché était sec, que l’on attendait de saisir l’opportunité d’engager de réels renforts. J’ai accepté cette situation. Et Bienne a signé Gianni Ehrensperger, puis Mathias Brägger, et ainsi de suite. Quand je regarde dans le rétro, l’étroitesse du contingent m’a forcé à lancer des jeunes. Les Suisses ont également pris beaucoup de responsabilités et ont montré énormément de caractère. Cela nous a beaucoup servi par la suite.

Comment expliquez-vous l’intégration aisée des «nouveaux»?
L’équipe a pris elle-même les renforts en charge. Chaque nouveau qui débarquait connaissait déjà quelqu’un dans le vestiaire, cela a grandement facilité les choses. Robert Burakovsky n’en revenait pas de la manière dont il a été accueilli. Tout le monde sait que «Bura» est un de mes amis. Il avait peur que cela joue contre lui, il n’en a rien été. A Bienne, les joueurs se respectent. L’unité du vestiaire a fait la différence sur la fin. Mais j’ose espérer que je suis aussi une petite part de notre succès…

En play-off, les performances de Marko Tuomainen ont fait jaser. Les dirigeants seelandais ont même envoyé le Finlandais passer un check-up complet pour être certains qu’il n’était pas malade!
Durant la saison régulière, Marko a clairement été notre meilleur joueur. Je n’arrive pas à m’expliquer sa baisse de forme. Lui-même n’était pas satisfait de son jeu. En demi-finales contre Ajoie, je l’ai placé deux fois dans la tribune pour Burakovsky. Malgré la déception, il a pris mes décisions avec un professionnalisme que je tiens à saluer. Dans le vestiaire, avant la septième manche contre le HCA, il a mis une jolie somme d’argent sur la table et il a dit à l’équipe: «Gagnez ce match!»

Tuomainen est sous contrat pour la saison prochaine. A-t-il encore l’envergure pour tirer une équipe de LNA?
A Langnau, il était topscorer. Au vu de son jeu en qualification et s’il fait un gros travail cet été pour revenir à son meilleur niveau, oui, il a sa place dans l’équipe.

Et Eric Himelfarb, le transfuge du LHC?
Il a le potentiel pour la LNA, même s’il n’y sera pas une superstar. A mon avis, Himelfarb a davantage les qualités pour s’imposer en LNA que James Desmarais, notamment grâce à son patinage. Desmarais est peut-être l’âme du jeu du HC Ajoie, mais il peut s’appuyer sur le travail de Stéphane Roy, qui fait le boulot de l’ombre.

Avant une saison qui s’annonce difficile, quel est votre plus grande crainte ?
Quand une équipe perd autant de matches que Bâle cette année, l’attitude des joueurs change. Contre nous, les Rhénans ne faisaient plus le geste pour aider un coéquipier, ils ne luttaient plus pour dégager le puck ou pour donner une charge qui fait mal. Si notre situation devient difficile, je préfère que mes hommes se battent contre moi et non entre eux.

Où le HCB doit-il le plus progresser?
La vitesse, la puissance, nous devons devenir plus solides, plus gros. Nous ne devons également pas oublier la condition physique. Mi-août dernier, je n’étais pas du tout satisfait des tests que nous avions fait passer à l’équipe. Quant à moi, je suis un jeune entraîneur, je n’ai que quatre saisons de coaching derrière moi. Je vais écouter les idées et les conseils d’où qu’ils viennent. Mais au bout, c’est moi qui prendrai les décisions. Si je prends la porte, je veux être certain que c’est à cause de mes choix et non ceux des autres. Je suis prêt à apprendre.

Heinz Ehlers, entraîneur d’une équipe néo-promue est un job périlleux. N’avez-vous pas peur pour votre place?
Les dirigeants du HCB sont conscients que la saison s’annonce très difficile. Mais je ne suis pas naïf, si l’on vit un championnat comme celui de Bâle, je comprendrais tout à fait que je me fasse virer! /LK


«Réaliste, pas romantique»

Heinz Ehlers, comment qualifieriez-vous les transferts réalisés à ce jour (le 16 mai)?
Nous n’avons rien pu entreprendre avant la mi-avril. Dans ces conditions, nous avons fait du bon boulot. Il ne nous manque que les dernières pièces, c’est-à-dire deux ou trois étrangers, soit un centre, un ailier et si possible un défenseur. Leur nombre dépendra de leur coût. Par contre, il n’a jamais été question d’engager un gardien étranger. A Marco Wegmüller et Pascal Caminada de montrer qu’ils ont leur place en LNA. Nous voulons faire confiance aux joueurs qui ont décroché la promotion. Lors de la finale face à La Chaux-de-Fonds et durant la série contre Bâle, où nous avons parfois aligné qu’un seul étranger, nos Suisses ont endossé beaucoup de responsabilités.

Avec Sébastien Hostettler, qui avait été enrôlé pour la LNB, Clarence Kparghai, Jérémie Kamerzin et Noah Schneeberger, la défense ne manque-t-elle pas un peu de substance?
Il ne faut pas oublier Martin Steinegger! Il sera un joueur clé. J’ai senti son charisme dès le premier jour de la préparation d’été à Macolin. Malgré son expérience, il en veut encore. Et il y a tous les autres! Manuel Gossweiler a fait d’énormes progrès, il est notre meilleur défenseur défensif. Il a le potentiel et le gabarit pour la LNA. Quant à Jörg Reber, il a démontré à Kloten qu’il pouvait s’imposer parmi l’élite. Des jeunes comme Kamerzin et Schneeberger sont affamés. Ils ne veulent pas manquer la chance qui leur est offerte. Et j’attends Serge Meyer dès son retour de blessure, sans doute en octobre.

Quel sera le rôle de Steinegger?
Je n’ai pas besoin d’un bras droit sur la glace. Qu’il se concentre sur son jeu et qu’il apporte son expérience à l’équipe, c’est ce que j’attends de lui. «Stoney» est en forme, il a un bon état d’esprit. C’est amusant, j’ai joué avec lui en 1993/94, lors de mon passage à Bienne comme joueur. Cela me fait dire que la roue tourne…

Avec le Bâlois Thomas Nüssli, le HCB a transféré un joueur qui a un fort potentiel mais qui est connu pour avoir le caractère bien trempé…
J’ai parlé avec Nüssli deux ou trois jours après la promotion. Il m’a laissé une très bonne impression. J’ai également beaucoup discuté avec son agent, Andy Rufener.

Qui est également votre agent!
Oui…

Quel a été le rôle de Rufener dans cette transaction?
Andy a sans doute pesé sur la décision de Nüssli. J’apprécie un joueur qui repousse une offre de Lugano pour venir à Bienne, dans une formation plus faible et pour un moins bon salaire. Nüssli a senti qu’il y avait une énergie positive dans l’équipe. Chez nous, il veut être un leader, il veut profiter de ce nouveau départ.

En LNA, Alain Miéville et Alexandre Tremblay auraient-ils trouvé une place dans votre contingent?
Quand leurs transferts ont été officialisés, j’ai parlé à Daniel Villard et à Kevin Schläpfer: je leur ai demandé d’avoir davantage de moral que Lausanne. Je n’étais pas très heureux de ces signatures précoces, même si je peux les comprendre. A ce moment de la saison, le LHC était plus fort que nous. Tremblay et Miéville ont fait du bon boulot et ont aidé Bienne à atteindre ses objectifs. Miéville, après une mauvaise passe, a marqué des buts très importants contre Bâle. J’aimais bien ces deux gars, ils ont été «pros», ils ont rempli leur contrat jusqu’au bout. Mais quand on analyse la situation aujourd’hui, ils ont pris une très mauvaise décision! Et moi, je ne suis pas romantique, je suis très réaliste… /lk


«ZZ», la seule zone d’ombre


Heinz Ehlers, au moment de prolonger votre contrat, en janvier…
…j’ai signé dans un club de LNB!

Aviez-vous d’autres offres?
Non, je n’ai jamais pensé partir, et je n’ai même pas demandé à mon agent de scruter le marché. Je travaille avec des joueurs sérieux dans un club très bien structuré. J’ai vécu une saison heureuse, si ce n’est le cas Zarley Zalapski…

Que s’est-il passé avec le Canado-Suisse de 39 ans pour qu’il claque la porte début janvier?
Zarley était notre meilleur défenseur. Il faut avoir du respect pour sa carrière (réd.: 685 matches en NHL). Mais...

Mais quoi?
Après deux semaines, je savais qu’il me serait difficile de travailler avec lui. Il ne me respectait pas en tant que coach, il n’appréciait pas mes entraînements et la ligne de conduite que j’avais fixée à l’équipe. Je le sentais très bien. Zarley ne voulait suivre que son propre programme. Chaque jour, cela venait plus dur. Je commençais à perdre mon autorité vis-à-vis du reste de l’équipe simplement parce que je lui accordais davantage de liberté qu’aux autres. C’était lui ou moi. Cette séparation était la seule décision pour le bien du groupe. Zarley reste un excellent joueur. Je ne sais pas s’il va poursuivre sa carrière, s’il le fait, cela ne sera en tout cas pas dans mon équipe!

Donc, excepté le cas «ZZ», à Bienne, la vie est belle!
Mon épouse Tina a toujours réussi à me rendre la vie plus facile. Où que nous soyons allés durant ma carrière, nous avons toujours réussi à nous intégrer rapidement. Mes enfants vont à l’école à Bienne en allemand, ils ont une vie normale. Mes deux garçons ont rejoint le mouvement juniors du HCB. Le deuxième joue d’ailleurs avec le fils d’Albert Malgin, mon assistant. En fait, je ne retournerai au Danemark qu’en juillet, pour les vacances scolaires.

Quand vous suivez un match de vos fils, vous êtes davantage père ou coach?
(il rit) A la patinoire, c’est le père qui regarde. Dès que nous arrivons à la maison, le coach reprend le dessus. Mes fils comprennent très bien que je sois critique avec eux. /lk


Heinz Ehlers FACTS

L’homme 
Né le 25 janvier 1966 à Aalborg (Danemark). Marié à Tina, père de Sebastian (15 ans), Nikolaj (12 ans) et Caroline (9 ans). Parle couramment danois, suédois, anglais et allemand. Taille: 1m82. Poids: confidentiel…

L’entraîneur 
Termine sa carrière de joueur en 2004 à Aalborg, qui lui offre les rênes de son équipe. Bilan: trois saisons et trois défaites en finale des play-off. Engagé pour une saison au HC Bienne en mai 2007, contrat prolongé d’une année en janvier 2008. Bilan: un titre de champion de Suisse de LNB et une promotion en LNA. Joueur professionnel de 1981 à 2004. Drafté en 1984 par les New York Rangers (9e ronde, No 188). Premier Danois à connaître cet honneur. /lk

Par Laurent Kleisl - Publié dans : Top Hockey
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Dimanche 30 mars 2008 7 30 /03 /Mars /2008 18:02

Dr Marko et Mr Tuomainen

Depuis la relégation de 1995, jamais le HC Bienne n’avait compté dans ses rangs un étranger aussi dominant. L’attaquant finlandais Marko Tuomainen est un exemple de professionnalisme. A la fois, il souffle le chaud et le froid.

Laurent Kleisl

Il y a deux Marko Tuomainen, deux gars très différents. Au premier contact, Marko le hockeyeur rafraîchit l’atmosphère. Surprenant, tant les Finlandais ont la réputation d’être de joyeux lurons. Il attend les questions par obligation. Les médias, ça fait partie du boulot. De temps en temps, une femme de ménage doit bien nettoyer les toilettes.

Pour l’exemple: Bienne, Hôtel Elite, le jour de la sélection des quarts de finale de LNB. Son HCB choisit Olten. Topscorer seelandais avec 96 points en saison régulière, Tuomainen a dû courber un entraînement pour répondre à ses obligations mondaines. Visiblement, ça l’enquiquine, pour ne pas utiliser un autre terme. Un confrère: «Votre commentaire?» Marko: «Olten ou un autre, ça m’est égal, on respecte chaque adversaire.» Fin de l’interview.

Marko est un pro. Près de 20 ans dans le business, ça vous construit une carapace. Le HC Bienne, il l’aime. Mais il ne le dira pas tout de suite. Cela ne se fait pas. «
Cette saison, durant les 20 premiers matches, nous avons joué les premiers rôles malgré un contingent limité. L’équipe a montré qu’elle a du caractère.» C’était l’amorce d’une confidence. Tantôt, il aura 36 ans, Marko. Alors, on ne la lui fait pas. Jamais il ne se livre au premier rendez-vous. «Aussi longtemps que je me sentirai en forme et que j’aurai du plaisir sur la glace, je ne vois aucune raison d’arrêter.» C’est dit. Question suivante.

Le plus complet

Marko le hockeyeur est une bête de glace. Un joueur intense, peut-être le meilleur de LNB cette saison. Le plus complet, c’est certain. Il passe, il marque, il charge. Et, surtout, il bonifie ses coéquipiers. Mathieu Tschantré vous le dira. L’attaquant de poche n’a jamais autant progressé que cet hiver. «J’ai tellement appris en observant Marko, confie-t-il. Il m’a montré des petits trucs, notamment comment mieux utiliser la bande. Son jeu en infériorité numérique est exemplaire.»

Pour parler du Finlandais, il faut passer par les autres. C’est plus vivant, plus efficace. Pourtant, Tuomainen a du vécu. De Kuopio, une bourgade de 80 000 âmes au nord d’Helsinki, aux Los Angeles Kings, du titre de SM-Liiga en 1998 avec le HIFK Helsinki au LHC, sa carrière est dense. Le tricot de l’équipe nationale de Finlande fait également partie de sa collection. En 1999, aux Mondiaux en Norvège, Tuomainen avait même inscrit un but en prolongation. C’était en demi-finales…

Tiens, il réagit. Son visage s’illumine. Un sourire, qui n’a rien de carnassier, se développe sur son faciès marqué par des années de lutte. «En plus, c’était contre la Suède, coupe-t-il. C’est le plus beau but de ma carrière. Bon, en finale, on avait perdu contre les Tchèques.» Le pro a quitté la pièce. Marko le hockeyeur s’efface pour le deuxième Marko, l’homme. Jonglerie de mots, pour apprivoiser le Finlandais, il faut briser la glace. Volontiers, alors, il évoque sa vie.

D’abord, il y a ses débuts sur le circuit universitaire. «J’ai quitté la Finlande à 19 ans pour rejoindre l’Université de Clarkson, dans l’état de New York. En fait, je n’ai découvert le hockey de SM-Liiga qu’à 25 ans. C’est de ce parcours que je dois mon style nord-américain.» L’université plutôt que les juniors canadiens? Des études en quoi? Pourquoi? Comment? Marko est lancé: «Je souhaitais combiner carrière sportive et développement personnel. J’ai énormément apprécié mes quatre années à Clarkson. Dans le système universitaire américain, on ne peut pas jouer au hockey si les résultats scolaires ne suivent pas. Ces exigences m’ont permis d’évoluer, de devenir plus indépendant. Une expérience qui va m’aider toute ma vie.» Voilà pour les racines du mâle.

Un roi de Los Angeles

Son diplôme de marketing  en poche, Tuomainen opère directement le saut en NHL, aux Edmonton Oilers. «C’était au printemps 1995. Je venais de terminer ma dernière saison universitaire.» Quatre matches dans la grande ligue et les «Huileux» l’enrôlent pour deux championnats. Il les passera en AHL. «J’ai vite compris que les Oilers ne comptaient pas sur moi. Je suis alors rentré en Finlande avec l’idée de montrer ce que j’étais devenu. Avec HIFK Helsinki, j’ai connu deux belles saisons.» Au point de rebondir, de repartir de l’autre côté de l’Atlantique. «En 1999/00, avec les Los Angeles Kings, j’ai vécu mon unique exercice complet en NHL, une expérience fantastique. A cause de quelques ennuis de santé, on m’a ensuite renvoyé en AHL.»

Une dernière pige avec les New York Islanders et Tuomainen, définitivement, retourne en Europe. Il s’explique: «C’est une décision familiale. Mon épouse partait étudier deux ans à Helsinki.» Elle, c’est Nina. Son seul amour. Marko avait 19 ans quand il l’a rencontrée. «En Amérique du Nord, elle me rendait visite de temps en temps, puis elle repartait en Finlande. Après toutes ces années à bourlinguer, je cherchais un peu de stabilité dans ma vie.» Deux saisons avec Espoo Blues et un club de LNA frappe à sa porte. Un certain… Lausanne HC. «Je devais encore une année de contrat à Espoo. Mais j’avais envie de découvrir la Suisse! Pas pour des raisons financières, car mon salaire en Finlande était très bon. Ville Peltonen et Petteri Nummelin évoluaient en LNA, je voulais jouer contre eux.»

A Lausanne, puis Langnau durant deux saisons, Tuomainen ne verra que les play-out. «Pour
l’équipe de LNA, le barrage contre le champion de LNB est plus difficile qu’il n’y paraît. La pression est énorme. En fait, vous êtes professionnel et vous luttez pour conserver votre job.» Son job, justement, l’a ensuite conduit à Bienne. Et s’il aime tellement l’endroit, ce n’est pas forcément pour des raisons objectives. «Mon fils Ukko est né le 29 juin dernier. Il est la grande joie de ma vie. Quand je rentre à la maison, il me fait très vite oublier le hockey.» La famille: l’effet est encore plus dévastateur qu’un goal en prolongation. «C’est ma base, mes racines. Elle est tellement importante à mes yeux.» Il y a trois ans, le colosse a vacillé au décès de sa maman. Un cancer l’a prise en traître. «Un moment très dur…»

Une heure a passé. Tuomainen s’est ouvert. Quelque chose à ajouter? L’autre gars, Marko le hockeyeur, est de retour: «Non, on en a déjà bien assez dit!» /LK


Une prolongation au rabais

En LNB avec un confortable salaire de LNA? Oui, c’est possible. Pour sa première saison au HC Bienne, Marko Tuomainen a touché les appointements d’un mercenaire de l’élite. Merci qui? Merci Langnau! Sous contrat avec les Tigres pour le championnat 2007/08, le Finlandais s’est vu signifier la porte du minuscule vestiaire de l’Ilfis à peine le barrage LNA/LNB 2007 liquidé. Du coup, cet hiver, les Emmentalois ont été contraints d’assurer une partie de la rémunération de leur ex-attaquant.

Et vint le 9 janvier. Un mercredi. Dans la soirée, le HCB annonce la reconduction pour une année du contrat de son topscorer. Pognon, pognon? «J’ai dû accepter une certaine réduction de salaire», reconnaît Tuomainen. Il ajoute une précision utile: «C’est une importante réduction. J’évolue aujourd’hui en LNB, je ne pouvais plus prétendre à un salaire de LNA. Mais… je voulais absolument rester à Bienne! J’aime cette équipe et j’apprécie le professionnalisme de l’organisation. Ma famille est très à l’aise dans le Seeland. Mon épouse suit même des cours d’allemand.» Il avouera avoir tenté de s’intéresser à la langue de Goethe lors de son passage à Langnau. «Malheureusement, les cours tombaient le samedi matin!» Ça sent l’excuse foireuse… /lk


Tuomainen facts

L’homme 
Né le 25 avril 1972 à Kuopio. Mensuration: 1m92/95 kg. Marié à Nina depuis 1997, père d’Ukko (né le 29 juin 2007).

Le joueur 
Attaquant (ailier droit). Sous contrat au HC Bienne jusqu’en 2009. 54 sélections en équipe nationale de Finlande. Vice-champion du monde en 1999. Drafté en 1992 par les Edmonton Oilers (No 205).

Ses statistiques 
NHL: 80 matches, 9 buts, 9 assists, 84’ de pénalités. AHL: 318 matches, 106 buts, 139 assists, 376’ de pénalités. SM-Liiga: 275 matches, 46 buts, 61 assists, 359’ de pénalités. LNA: 163 matches, 63 buts, 83 assists, 110’ de pénalités. LNB: 58 matches, 43 buts, 59 assists, 40’ de pénalités.

Son parcours 
KalPa Kuopio juniors (Finlande), Clarkson University (NCAA, 1991-94), Edmonton Oilers (NHL), Cape Breton Oilers (AHL, 1995/96), Hamilton Bulldogs (AHL, 1996/97), HIFK Helsinki (SM-Liiga, 1997-99), Los Angeles Kings (NHL, 1999/00), Lowel Lock Monsters (AHL, 2000/01), New York Islanders (NHL), Bridgeport Sound Tigers (AHL, 2001/02), Espoo Blues (SM Liiga, 2002-04), Lausanne (LNA, 2004/05), Langnau (LNA, 2005-07, play-off 2006 en LNB avec Bienne), Bienne (depuis août 2007). /lk

Par Laurent Kleisl - Publié dans : Top Hockey
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Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /Déc /2007 16:15

HOCKEY SUR GLACE

 

Au mon du père

 

Pour Ramzi Abid, Berne est plus qu’un défi, c’est une nouvelle existante. Constamment comparé à Simon Gamache, son glorieux prédécesseur au SCB, le Montréalais de 27 ans a choisi la Suisse pour s’y faire un nom.

 

Laurent Kleisl

 

«Mon prénom, c’est Ramzi!» Son faciès s’illumine. Cette précision, utile, l’amuse. «Les gens confondent souvent...» Sa voix est calme et chaude comme la Méditerranée, cette mare transparente dont un petit bout est à lui. Abid – son nom – est sorti des dunes, quelque part en Tunisie. Mais un jour, papa a survolé l’Atlantide engloutie à la recherche d’un ailleurs, d’un travail, d’un monde meilleur. Il l’a trouvé au Canada. Au gré d’un heureux hasard urbain, il tombera en amour dans les rues de Toronto. «Ma mère est Ecossaise», coupe l’attaquant du CP Berne. Un savant mélange de saveurs et de cultures.

 

Pour Abid, ces racines enfuies dans sa chair restent la marque d’une origine diffuse. «Tout cela est très loin. Je me suis rendu une seule fois en Tunisie, j’avais huit ans. Je me souviens des plages magnifiques et de la mer. L’Ecosse, je l’ai vue à 11 ans. Peut-être qu’après la saison à Berne, je profiterai de voyager. Ma famille se trouve toujours dans ces deux pays.» Sur la carte du monde version IIHF, l’Ecosse et la Tunisie – euphémisme – ne sont pas à proprement parler des places fortes du hockey planétaire. «Je suis Canadien, tonne-t-il. Mon père a appris à très bien connaître le hockey. Bon, il n’a jamais chaussé de patins!» Il rigole, Ramzi, le fiston aux épaules aussi larges qu’un océan.

 

Des points et des poings

 

Sa barbe de quelques jours cache à peine ses cicatrices. Celles de la vie? Celles du jeu, plutôt. Joueur au patronyme exotique, Abid s’est rapidement fait un nom dans les circuits juniors québécois. Il l’a façonné à coup de poings. Dans l’édition du «Progrès» du dimanche 22 mars 1998, celui qui était alors le meilleur pointeur de la Ligue de hockey junior majeur de Québec (LHJMQ) confiait non sans une certaine fierté: «Je me suis battu dix-huit fois cette saison, mais mon coach préfère quand je suis sur la patinoire!» Il avait 18 ans. Aujourd’hui, cette image de castagneur tient plus du mythe. «Au début, je n’étais pas un joueur reconnu, reprend le no 10 du SCB. Dans ces ligues-là, il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, sinon il vous avale tout rond.» Alors, il s’est imposé à sa manière. «Je n’ai jamais reculé devant personne.» Ses adversaires ont appris à épeler son nom.

 

Depuis, cet adepte dévoué du jeu physique a évolué. «Avec le temps, avec la maturité, je me suis un peu calmé. J’essaie de jouer un hockey engagé mais intelligent. Plus jeune, c’était une de mes lacunes, je prenais des pénalités stupides qui faisaient mal à l’équipe.» L’utilisation des poings à égal de la crosse, c’est une spécialité nord-américaine. En LNA, il ne dégainera qu’en cas d’absolue nécessité. «Au Canada, les bagarres sont quelque chose de normal. Nous sommes élevés dans cette culture. Ça fait partie du jeu. Je suis certain qu’un combat de temps en temps coupe l’envie de donner des sales coups.»

 

Soit. Dans un monde où la violence devient un art de (mal)vivre, le sportif ne devrait-il toutefois pas montrer l’exemple? Abid caresse le poil coriace de ses joues. «Cela se passe sur la glace, c’est complètement différent de la vie réelle. A côté, je suis un gars très calme. D’ailleurs, je ne me suis jamais battu en dehors de l’arène.»

 

«C’est tellement dur…»

 

L’agressivité n’est pas sa seule arme. Abid est aussi un pointeur. En juniors, il a «snipé». Au terme de la saison 1997/98, il est entré dans les annales de la LHJMQ comme le roi des compteurs le plus pénalisé de l’histoire de la ligue. Solide, bagarreur, offensif: il avait tout pour s’imposer en NHL. Les spécialistes lui prédisaient même un matricule de no 1 des repêchages 1998, devant Vincent Lecavalier. Il sera beaucoup plus en retrait.

 

En 2002, Abid n’a pas manqué ses débuts dans la grande ligue. Dix-huit points en 30 matches pour les Coyotes de Phoenix: pas mal. Et son élan a été coupé, son ressort cassé. «Pour percer en NHL, il faut avoir de la chance, souffle-t-il. A 22 et 23 ans, j’ai subi deux blessures importantes, deux opérations avec reconstruction du genou droit. J’ai manqué presque deux ans au mauvais moment. Passer de juniors au niveau professionnel, c’est une grosse étape. C’est tellement dur...»

 

Après le lock-out de 2004/05, les Atlanta Thraschers l’essayeront. Pour voir. Ils le renverront presque illico aux Chicago Wolves, en AHL. «Avec Kovalchuk, Hossa, Kozlov, Savard et les autres, Atlanta avait une belle équipe.» Aux Nashville Predators, la saison passée, il tombera sur une «grosse offensive», comme il dit. Sur son site Web, le réseau TSN qualifie Abid de «reserve winger». «Au fil des années, c’est devenu mon statut, soupire-t-il. J’ai toujours été proche de la NHL, juste devant la porte.»

 

Assez des ligues mineures

 

De cette mise en échec, il a tiré la conclusion qui s’impose: la NHL est trop grande pour lui. Les ligues mineures? «J’ai fait ce que j’avais à faire en AHL. C’est la ligue la plus dure au monde. Le jeu y est physique, parfois salaud. Et tous ces voyages en car, c’est ridicule! Tout ça pour un salaire modeste. L’ensemble forme une très mauvaise combinaison…» Histoire de rêver un peu, Simon Gamache, lui, s’est replongé dans ce monde obscur. «La NHL, aujourd’hui, je n’y pense plus vraiment, reconnaît Abid. Seulement, je ne voulais pas retourner en AHL. J’en ai parlé à mon agent en Europe: j’étais mûr pour faire le saut.» Puis, il avoue: «Je n’ai aucun problème à l’idée de poursuivre ma carrière en Suisse. La LNA a bonne réputation au Canada. Je me vois rester longtemps en Europe.»

 

Au SCB de John Van Boxmeer, Abid a rapidement appris de quoi est fait le quotidien d’un «importé». En un seul mot: exigence. «Je vis très bien avec la pression. En venant en Suisse, je voulais rejoindre une équipe de gagnants, je l’ai trouvée. Malgré les attentes élevées autour du groupe, dans le vestiaire, l’atmosphère est fantastique.»

 

Trente ans après papa Abid, Ramzi a traversé l’océan dans l’autre sens. Il s’est rapproché de ses racines. Il prend un nouveau départ sur un continent que ses compatriotes s’imaginent si vieux. En Suisse, il lui reste l’étape la plus difficile à franchir: s’imposer. Ensuite, seulement, il pourra se faire un nom. /LK

 

 

«Je ne suis pas à Berne

pour remplacer Simon Gamache»

 

Ramzi Abid, connaissez-vous Simon Gamache?

Pas personnellement. Nous avons été adversaires.

 

Pour réussir en Suisse, il parle d’un «talent offensif». Avez-vous ce «talent offensif»?

J’ai toujours été reconnu comme un joueur offensif, tant en juniors qu’avec les professionnels. Ma vocation est de créer de l’offensive et de scorer. Je suis d’accord avec ce qu’affirme Gamache: Berne m’a engagé pour remplir ce rôle. Mais pour moi, il y a une adaptation à faire. Le hockey en Suisse est différent. Je dois m’ajuster.

 

Gamache évoque notamment votre patinage…

Il a raison, c’est ma faiblesse. Avec les grandes patinoires, le jeu est moins concentré, il faut être capable de bouger davantage. J’y travaille. Je sens déjà des progrès. Je sais qu’en Suisse, les dirigeants ne sont pas très patients. Mais je connais mon jeu, je vais progresser, car je suis capable de produire davantage de choses. Ça va venir! Cela fait assez longtemps que je joue pour savoir qu’il y a des moments plus difficiles dans une saison. Tout se passe sereinement.

 

Sébastien Bordeleau et Christian Dubé vous épaulent-ils?

Ils me parlent beaucoup, sur la glace et dans la vie de tous les jours. J’ai joué une demi-saison avec Sébastien à Springfield, en AHL. Quand j’ai su que Berne s’intéressait à moi, je l’ai appelé. Il m’a vanté l’organisation. Je me suis aussi informé auprès de Daniel Brière, Jean-Pierre Dumont, Eric Perrin et Pascal Trépanier.

La pression du «Gamache topscorer», la sentez-vous?
Pas du tout. Nous sommes deux joueurs très différents. Je ne suis pas à Berne pour le remplacer. /lk


Ramzi Abid

L’homme
Ramzi Abid, Canada. Né le 24 mars 1980 à Montréal. 1m88/95 kg. Vit à Berne avec son amie. «Nous apprécions beaucoup la ville.»

 

Le professionnel

Attaquant (ailier). Draftes: 28e choix (2e ronde) des Colorado Avalanche en 1998. 85e choix (3e ronde) des Phoenix Coyotes en 2000. 70 matches en NHL (14 buts et 16 assists) pour Phoenix, Pittsburgh, Atlanta et Nashville entre 2002 et 2006. Sa meilleure saison en NHL: 2002/03 aux Phoenix Coyotes (10 buts et 8 assists en 30 matches). 329 matches en AHL (118 et 143 assists) entre 2000 et 2007. Sa meilleure saison en AHL: 2005/06 aux Chicago Wolves (34 buts et 42 assists en 75 matches). Vit à Berne sa première saison en Europe. «En Amérique du Nord, j’ai joué devant de grandes foules. Mais à Berne, ce n’est pas pareil... Dix milles personnes qui chantent, c’est spécial!»

 

Le junior

310 matches en Ligue de hockey junior majeur du Québec (184 buts et 286 assists) entre 1996 et 2000. MVP et meilleur compteur de la LHJMQ en 1998. Meilleur compteur de la Coupe Mémorial en 2000, Simon Gamache lui succède en 2001. A participé à trois Coupe Mémorial. «Je ne l’ai jamais soulevée…» /lk 

 

Par Laurent Kleisl - Publié dans : Top Hockey
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Mardi 23 octobre 2007 2 23 /10 /Oct /2007 10:03

YOUNG SPRINTERS NEUCHÂTEL

Alain Pivron, le «nobody» qui a déjà sa biographie

Alain Pivron. Alain qui? Pivron, avec un «p», comme puck. Pour la troisième saison consécutive, le Français dirige les Young Sprinters de Neuchâtel. Avec lui, le club du Littoral a fêté la promotion en LNB le printemps dernier. Alain qui?

Laurent Kleisl

«Alain Pivron, P comme passion», c’est le nom d’un bouquin paru en 2004 aux éditions Aréopage. Même en Suisse, où le hockey se célèbre, les plus grands coaches n’ont pas encore connu les honneurs littéraires. Pour l’exemple: Ralph Krueger, sa vie, il a dû se l’écrire tout seul. Alain Pivron, lui, passera le reste de l’éternité au rayon «biographie sportive», chaudement calé entre Zinedine Zidane et Arsène Wenger. «En France, j’ai ma petite réputation, rigole-t-il. Ce livre a été rédigé lors de la période où j’entraînais à Besançon. Durant ces années-là, on gagnait tout!» Journaliste et écrivain, André Terpman a cédé sous le poids d’une passion. Alors, il l’a écrit. «Ce n’est pour autant que je me suis envolé. Sans cesse, il faut se rappeler d’où on vient», souffle Alain Pivron, 43 ans.

«Se rappeler d’où on vient». Sa mémoire le ramène à Gap, dans les Hautes-Alpes, au début des années 80. Il a 15 ans, le fougueux Alain, quand il rejoint l’élite hexagonale. Du hockey, en France: quelle idée! «A l’époque, Gap était la Mecque du hockey français. A chaque match, 3500 spectateurs venaient à la patinoire. C’était l’attraction de la ville. Si j’avais vécu à Béziers, j’aurais sans doute opté pour le rugby! Cela fait maintenant 15 ans que je travaille dans le hockey. Et même en France, j’y ai plutôt bien gagné ma vie.»

Deux équipes à gérer

Disert, Alain Pivron apprécie se raconter. Une perle pour biographe. Ainsi, il expliquera avoir vécu de riches émotions en Ligue Magnus, mais aussi plus bas. Attaquant, il a sué pour Gap, Briançon, Epinal et, au jour de son retrait en 2001, pour Besançon. C’est là, dans le Doubs, qu’il a mis en marche sa carrière d’entraîneur. De succès en succès, il a monté les Séquanes jusqu’à la plus haute catégorie du hockey tricolore. Jusqu’au clash, au cours de l’exercice 2002/03. «En plein milieu du championnat, le club a déposé le bilan et retiré son équipe, se remémore-t-il. Besançon venait de me signer un contrat de cinq ans…» Il lui en restait quatre à honorer.

L’épisode marque un tournant dans sa vie, tant sportive qu’affective. La séparation est le quotidien de tellement de couple. Depuis maintenant quatre ans, il élève seul Pierrick (17 ans) et Victor (13 ans). «Ce n’est pas tous les jours facile», confie-t-il. Après les Young Sprinters, c’est la deuxième équipe à gérer. «Non, c’est la première!»

Sinueuse existence. C’est donc une rupture qui l’a conduit au Littoral. «Quand mes deux fils ont dit qu’ils voulaient vivre avec moi, je me suis décidé à chercher du travail en Suisse. J’ai accepté la première offre qui est venue.» Elle est venue de Neuchâtel. De la Ligue Magnus française, il atterrit à la direction du mouvement juniors d’un club de 1re ligue helvétique. «Je suis un fan de formation, avoue-t-il. J’ai signé à Neuchâtel avec l’idée de faire mon trou.» Il l’a fait.

Dès la saison 2004/05, Alain Pivron rejoint le staff de la première équipe en qualité d’assistant de Jean-Michel Courvoisier. «Je m’occupais des défenseurs. Et en 2005, on m’a proposé de reprendre l’équipe.» D’entrée, il connaît la réussite. Au printemps 2006, ses Young Sprinters ne s’arrêtent qu’en finale romande. Au cinquième match, devant les 1469 spectateurs du Littoral, ils s’inclinent 3-4 devant Guin. L’exercice 2006/07 est celui de la consécration. Champion romand, Neuchâtel est promu en LNB faute d’autres prétendants. En finale suisse amateur, opposée à Zuchwil Regio et Dübendorf, la troupe à Pivron perd ses quatre matches. «On aurait dû réussir quelque chose, mais mes joueurs n’y étaient plus, peste-t-il. Cette phase finale reste une grosse déception.»

Un rêve: le Japon

Comme il l’entendait, le petit gars de Gap a fait son trou. Il bosse en Ligue nationale, en Suisse, là où le hockey compte. Un retour au pays, en «Magnus», n’est pas encore à l’agenda. «Le plus dur, c’est de partir, pas de revenir.» Il ajoute: «Le hockey français, non, pas maintenant. J’ai encore beaucoup d’autres choses à voir. Après la Suisse, j’aimerais continuer d’entraîner à l’étranger, en Allemagne, au Danemark ou en Autriche. Mon rêve, cela reste le Japon. Avant d’y songer, j’attends que mes fils volent de leurs propres ailes. Ensuite seulement, je penserai à moi.» Et l’équipe de France? Après tout, dans la vie, il faut savoir être ambitieux
. «Non, ce n’est pas le moment. En plus, j’apprécie énormément Dave Henderson, le coach actuel!» Il se marre Alain. Avec un «a», comme attachant.

En Suisse, Alain Pivron poursuit son apprentissage du hockey. Partenaire de Berne et de Fribourg Gottéron, Neuchâtel lui offre l’opportunité de progresser au contact de John Von Boxmeer et Serge Pelletier. «En tant qu’entraîneur, cette collaboration, ce n’est que du bonheur! lance-t-il. Toutes les deux semaines, je rencontre John Von Boxmeer à Berne. On discute système de jeu. C’est très enrichissant.» Il en parle avec l’enthousiasme d’un jeune premier.

Pourtant, au quotidien, l’alliance avec les deux organisations de LNA n’est pas d’une gestion toujours évidente. Entre les vœux des clubs de l’élite, qui fournissent une bonne douzaine de talents aux Young Sprinters, et les objectifs d’un néo-promu qui rêve de play-off, Alain Pivron doit jongler. En début de championnat, des cracks comme Corsin Camichel et Philipp Rytz, jugés insuffisants par le SCB, ont même été parqués au Littoral. «Avec le nombre de joueurs à ma disposition, je dois faire des choix à chaque match, explique-t-il. Mon travail est comparable à celui de Köbi Kölliker avec la Suisse M20. Dans un tel groupe, c’est difficile de créer une osmose. Il nous faudra du temps. Je ne suis pas magicien: avec seulement trois entraînements par semaine, et sans pouvoir compter sur tous les joueurs, même Arno Del Curto connaîtrait des difficultés!»

Il est comme ça, Alain Pivron. Entier. Ouvert. Communicatif. Et passionné. Avec un «p», comme Pivron. Ça valait bien un bouquin. /LK



La France et son hockey: amour et haine 

Longtemps, le hockey français a été noyé dans l’immense Fédération des sports de glace, oubliés quelque part entre la luge et le patinage artistique. Sa situation, dans une Fédération dont les préoccupations étaient ailleurs, a longtemps sclérosé son développement. Aujourd’hui, les pucks tricolores s’ébattent en toute liberté. Sous pression de l’IIHF, la Fédération française de hockey sur glace a vu le jour le 29 avril 2006 à Amiens. «Depuis, quelque chose se passe, notamment au niveau de la formation», coupe Alain Pivron. C’était le moment…

En 1992, en surfant sur la vague des JO d’Albertville, le hockey français avait tout pour devenir l’égal du basketball ou du handball. Avec la génération de Philippe Bozon et Serge Poudrier, il possédait le matériel humain pour rejoindre le clan des sports majeurs hexagonaux. La rencontre olympique entre la France et les Etats-Unis avait même été diffusée en «prime-time» sur France  2. «C’est là que l’on a manqué le coche, reconnaît Alain Pivron. La télévision, notamment Canal Plus, s’intéressait au championnat de France. Mais les dirigeants de l’époque ont placé leurs intérêts personnels avant ceux du sport. La relégation du groupe A en 2000, à Saint-Pétersbourg, a ensuite marqué le début d’une descente que l’on a mis des années à arrêter. Mais aujourd’hui, le hockey français est en plein renouveau.»

Et ce n’est que justice. Après tout, n’est-ce pas un Français qui a fondé la Fédération internationale en 1908? Un certain… Louis Magnus. /LK

 



Alain Pivron

L’homme
Né le 15 avril 1964 à Gap (38 200 habitants, Hautes-Alpes). Père (séparé) de Victor (13 ans) et Pierrick (17 ans). «Pierrick a rejoint les juniors-élites A du HC La Chaux-de-Fonds. C’est mieux ainsi, histoire de pouvoir dissocier le père du fils.» Le cadet évolue avec les novices-top des Young Sprinters.

Son surnom
Le «Pif». Joueur, ses coéquipiers le qualifiaient de «débourre-pifs» pour son jeu engagé. Et l’entraîneur tchèque Zdenek Blaha a débarqué à Gap… «Comme il n’arrivait pas à dire Pivron, il m’appelait Pifrone.» Le «Pif» est né. «Mes fils, c’est Pifou et Pifounais!»

Le joueur 
Attaquant. De 1980 à 1989: Gap (Ligue Magnus). 1989/90: Briançon (Ligue Magnus). De 1990 à 1995: Epinal (D2, D1 et Ligue Magnus). De 1995 à 2000: Gap (Ligue Magnus et D1). De 2000/01: Besançon (D1). Depuis 2004, la Ligue Magnus qualifie l’élite française (ex-Super 16, Ligue Elite ou encore Nationale A1). La D1 équivaut à la LNB.

L’entraîneur
2000/01: entraîneur-joueur à Besançon (D2, 26 matches pour autant de victoires, promu en D1). 2001/02: Besançon (D1, promu en Ligue Magnus). 2002/03: Besançon (Ligue Magnus), finaliste de la Coupe de France 2002. De 2003 à 2005: responsable du mouvement juniors des Young Sprinters Neuchâtel. Depuis 2005: entraîneur de la 1re équipe. Printemps 2007: promotion en LNB. /LK

Par Laurent Kleisl - Publié dans : Top Hockey
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